En quelques semaines du printemps 1789, des dizaines de milliers d'assemblées, de la plus petite paroisse jusqu'au bailliage, ont écrit ce qu'elles avaient à dire au roi. Voici le déroulé, la mécanique et les chiffres, pour lire la carte.
Le déroulé
Onze mois, d'une convocation à une révolution
Les dates et leurs sources
Un arrêt du Conseil du roi fixe la réunion des États généraux au 1er mai 1789.[1]
Le Conseil décide que le tiers état aura autant de députés que le clergé et la noblesse réunis.[2]
Lettre de convocation, à Versailles pour le 27 avril, et règlement des élections : qui vote, où, et combien de députés.[3][4]
Les paroisses, les villes, puis les bailliages se réunissent, écrivent leurs cahiers et élisent leurs députés. Dates lues sur les procès‑verbaux de la carte ; en Bretagne, convoquée plus tard, on se réunit en avril.[12][16]
Ouverture des États généraux à Versailles, salle des Menus‑Plaisirs.[5]
Toutes les élections ne sont pas finies : Sieyès, député du tiers état de Paris, est élu ce jour‑là.[7]
Le tiers état, rejoint par dix‑neuf députés du clergé, se constitue en Assemblée nationale.[5]
Leur salle fermée, les députés prêtent serment dans la salle du Jeu de paume.[5]
L'Assemblée nationale se proclame Assemblée nationale constituante.[5]
Prise de la Bastille.[9]
Abolition des privilèges.[6]
Adoption de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.[8]
La mécanique
De la paroisse à Versailles
Le règlement du 24 janvier 1789 organise l'élection par étages. À chaque étage, une assemblée écrit un cahier et désigne des députés pour le porter à l'étage au‑dessus.[4]
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1 · Dans chaque paroisse, ville et chapitre
Tiers état · campagnesL'assemblée des habitantsLes hommes de 25 ans inscrits au rôle des impôts. Elle écrit le cahier de la paroisse et élit ses députés : deux jusqu'à 200 feux, un de plus par centaine.
art. XXV, XXXITiers état · villesLes corporations, puis l'hôtel de villeChaque métier élit un délégué pour cent membres (deux pour les arts libéraux, le négoce). Réunis à l'hôtel de ville, ils écrivent le cahier de la ville.
art. XXVI‑XXVIIIClergéChapitres et couventsUn délégué pour dix chanoines, un par couvent. Les curés iront au bailliage en personne ou par procureur.
art. X‑XIINoblessePas d'assemblée localeChaque noble se rend lui‑même au bailliage : ceux qui ont un fief, et les autres dès 25 ans.
art. XII, XVI - ↓ les députés portent les cahiers
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2 · Au bailliage secondaire, s'il y en a un
Tiers étatL'assemblée préliminaireLes cahiers des paroisses et des villes sont fondus en un seul. Un quart des députés seulement le porte plus haut.
art. XXXIII, XXXVIII - ↓
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3 · Au bailliage principal
Les trois ordresL'assemblée du bailliageSéance commune, puis chaque ordre à part : il rédige son cahier, le cahier général, et élit ses députés aux États généraux.
art. XL, XLIII - ↓
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4 · À Versailles, le 5 mai 1789
Trois cas à part : le Dauphiné, dont les États provinciaux élisent directement 24 députés ; la Bretagne, où le haut clergé et la noblesse refusent d'envoyer des députés[11] ; Paris, qui élit encore après l'ouverture[7]. Les numéros d'articles renvoient au règlement du 24 janvier 1789[4].
Les députés des paroisses
La règle a été suivie, sauf par les grosses communautés
Le règlement fixe le nombre de députés au nombre de feux, les foyers de la communauté[4]. Nous l'avons vérifié sur 409 procès‑verbaux manuscrits de huit départements. Jusqu'à 400 feux, la règle est suivie 358 sur 384 fois. Au‑delà, 8 sur 25 fois seulement : les grosses communautés s'arrêtent à quatre ou cinq députés.
Chaque point est un procès‑verbal, lu à l'image ; survolez‑le pour son nom. Les points d'un même nombre de députés sont légèrement décalés pour rester visibles.[16]
Le calendrier
Pas partout le même jour
Le règlement donnait des délais, pas une date. Les 516 assemblées de paroisse que les archives datent sur la carte s'étalent sur six semaines : mi‑mars dans le Cantal et en Saône‑et‑Loire, fin mars dans le Velay, avril en Bretagne, où la convocation était plus tardive[12].
Nombre d'assemblées de paroisse par jour, d'après les dates des notices des archives[16]. Seuls les quatre dépôts qui datent au moins trente assemblées sont montrés.
Ce qu'il en reste
Des dizaines de milliers de cahiers, dont une partie seulement survit
Rédigés : plus de 40 000 selon Shapiro et Markoff[14], environ 60 000 selon Jacobs[15]. Conservés et publiés : le décompte de J. Brancolini en 1974, cité par Grateau[13]. En ligne : les cahiers que signalent les portails d'archives de cette carte[16], un minimum, car d'autres départements en ont mis en ligne que nous n'avons pas encore recensés.
Les mots
- Bailliage, sénéchaussée
- Circonscription de la justice royale ; en 1789, elle sert de circonscription électorale.[11]
- Les trois ordres
- Clergé, noblesse et tiers état : chacun vote, écrit son cahier et élit ses députés à part.[4]
- Tiers état
- Tous ceux qui ne sont ni du clergé ni de la noblesse : paysans, artisans, marchands, bourgeois des villes.
- Feu
- Un foyer, un ménage : c'est sur ce compte que la paroisse élit ses députés. En Bretagne, en Dauphiné et en Provence, le « feu » est aussi une unité d'impôt, sans rapport direct avec les ménages.[11]
- Cahier de doléances
- Le texte où une assemblée écrit ses plaintes et ses demandes, article par article.
- Procès‑verbal
- Le compte rendu de l'assemblée : qui était présent, combien de feux, qui a été élu. Souvent relié au cahier.
- Cahier général
- Le cahier d'un ordre pour tout le bailliage, écrit à partir des cahiers des paroisses ; c'est lui qui part à Versailles.[4]
- États généraux
- L'assemblée des députés des trois ordres de tout le royaume, réunie par le roi ; la précédente datait de 1614.[10]
Sources
Chaque lien a été ouvert, et le passage cité relu, le 29 septembre 2026.
- Archives parlementaires, 1re série, t. I, 1879, p. 387 : arrêt du Conseil du 8 août 1788 (Persée). persee.fr
- Archives parlementaires, t. I : Résultat du Conseil du roi du 27 décembre 1788. persee.fr
- Archives parlementaires, t. I : lettre du roi pour la convocation des États généraux, 24 janvier 1789. persee.fr
- Archives parlementaires, t. I, p. 544‑550 : règlement du 24 janvier 1789 ; art. X‑XVI p. 545‑546, art. XXV‑XXXIII p. 547, art. XXXIV‑XXXVIII p. 548, art. XL‑XLIII p. 549.
- Assemblée nationale, « 1789 – Assemblée nationale constituante ». assemblee-nationale.fr
- Assemblée nationale, « Nuit du 4 août : abolition des privilèges ». assemblee-nationale.fr
- Assemblée nationale, base Sycomore, fiche d'Emmanuel‑Joseph Sieyès. assemblee-nationale.fr
- Archives nationales, « La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ». archives-nationales.culture.gouv.fr
- BnF, Passerelles, « Prise de la Bastille ». bnf.fr
- Encyclopédie Larousse, « états généraux » : 1 139 députés, dont 578 du tiers ; l'Assemblée nationale[5] en compte 1 196, dont 598. larousse.fr
- Ph. Sagnac, « La France en 1789 et les États généraux, d'après les travaux de M. Armand Brette », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 6, 1904 : le feu p. 169, les circonscriptions p. 174, Dauphiné et Bretagne p. 178.
- Archives départementales du Finistère, « Les cahiers de doléances de 1789 (sous‑série 10 B) » : les réunions bretonnes prévues le 1er avril 1789. archives.finistere.fr
- Ph. Grateau, Les cahiers de doléances. Une relecture culturelle, Presses universitaires de Rennes, 2001, « Dossier documentaire » : le décompte de J. Brancolini (1974). openedition.org
- J. Markoff, page de Revolutionary Demands (G. Shapiro et J. Markoff, Stanford University Press, 1998) : « Over forty thousand of these cahiers were produced. » pitt.edu
- J. Jacobs, « Automated Content Analysis and the 1789 Cahiers de Doléances », Stanford, 2018, note 4. stanford.edu (PDF)
- Ce projet : catalogue des documents signalés par les portails d'archives, et procès‑verbaux lus à l'image ; méthode et chiffres dans la page À propos.