En cinq lignes
Entre le règlement royal du 24 janvier 1789 et l'ouverture des États généraux le 5 mai, chaque paroisse et communauté du royaume, puis chaque bailliage ou sénéchaussée, a rédigé un cahier de doléances. Les cahiers de paroisses ont été fondus en un cahier général par ordre au niveau du bailliage ; ce sont ces cahiers généraux qui sont montés à Versailles. On en a écrit quarante à soixante mille ; en 1974, on en recensait 17 995 conservés en manuscrit, dont 62,5 % déjà publiés. Le seul inventaire national, le Répertoire critique de Béatrice Hyslop (1933), n'est pas en ligne. Ce projet rassemble ce qui l'est — images de manuscrits sur les portails d'archives, éditions imprimées numérisées, texte des Archives parlementaires —, le met dans un catalogue unique, le place sur la carte des bailliages de 1789, et commence à le lire.
Ce que la carte montre
Le royaume de 1789 : ses généralités, circonscriptions des intendants (trait fort), et ses bailliages et sénéchaussées, circonscriptions électorales de 1789 (trait fin), d'après l'Atlas de Brette ; les villes d'intendance et de parlement ; les grands fleuves, au tracé actuel. Sur ce fond, le royaume habité : chacune des 39 815 communautés de 1793 (village de la carte de Cassini devenu commune), d'autant plus grosse qu'elle était peuplée — 28 millions d'habitants, que l'on voit de loin se presser au nord, en Normandie, en Flandre, et manquer dans les Landes, la Sologne ou les Alpes. Les cahiers ne sont que le témoignage de ces habitants : en s'approchant, chaque communauté prend la couleur de ce que l'on sait du sien — le lire ici, ligne à ligne (vert) ; voir le manuscrit sur le site des archives qui le conserve (bleu) ; le lire imprimé dans les Archives parlementaires ou une édition (carré creux) ; signalé conservé par Hyslop en 1933 mais pas encore en ligne (ocre) ; rien de connu de nos sources — jamais écrit, perdu ou pas encore retrouvé (cercle vide). Distinguer un cahier perdu d'un cahier jamais écrit n'est presque jamais possible. De près, un carré marque aussi le chef‑lieu des bailliages dont un cahier d'ordre (clergé, noblesse, tiers) est en ligne ; la recherche trouve toute communauté de 1793, avec ou sans cahier. Un clic donne les documents et les liens. Des teintes de bailliage, au choix dans la colonne de droite, mesurent ce qui manque.
La teinte « part des communes de 1793 ayant un document » mesure, pour les dépôts cochés, la part des communes de l'an III — une commune vaut presque toujours une paroisse ou communauté de 1789 — pour lesquelles au moins un document est signalé, et la part des habitants de 1793 qu'elles représentaient. Ce qu'elle ne mesure pas : la part des cahiers conservés. C'est la teinte « part des paroisses de Hyslop (1933) retrouvées dans un dépôt » qui la donne : le Répertoire critique des cahiers de doléances de Béatrice Hyslop (1933), seul inventaire national, liste bailliage par bailliage les paroisses dont un cahier ou un procès‑verbal était conservé ; photographié, lu par OCR et structuré dans un dépôt à part, il est lu tel quel, imparfait, et corrigé par vagues. Le dénominateur de chaque dépôt reste aussi son propre inventaire, que la légende dit en deux nombres, « signalés » et « collecté ».
Les dépôts
État au , tiré des données de la carte.
| Dépôt | État | Paroisses | Signalés | Collectés | Vues |
|---|
« Collectés » : documents dont nous avons les images ou le texte. Conditions de réutilisation telles que chaque portail les affiche (le détail, et les demandes envoyées aux services, sont dans le dépôt de travail) :
Où sont les textes
Pour 1789, le texte de masse est celui des imprimés, pas des manuscrits. Trois campagnes d'édition se sont succédé : les Archives parlementaires (t. 1‑7, 1867‑1879) pour les cahiers généraux et une sélection de paroisses ; la Commission Jaurès et sa Collection de documents inédits sur l'histoire économique de la Révolution française (1906‑1953), département par département ; et des dizaines d'éditions locales entre 1880 et 1914. Ces livres sont dans le domaine public et océrisés. Au 13 septembre 2026, nous avons repéré 82 éditions et 200 volumes numérisés (Gallica, Internet Archive), qui donnent les cahiers de paroisses de 117 des 437 bailliages de 1789, dans 40 départements — dans dix‑neuf départements, c'est le seul texte en ligne. Chaque bailliage de la carte liste ses éditions avec les liens vers les volumes. Pour les cahiers généraux, le dénominateur existe : la liste de Hyslop (1934) recense 615 cahiers d'ordre dans 234 districts, 522 conservés et 93 perdus, et dit pour chacun où est le texte — Archives parlementaires, édition, manuscrit ; elle est portée sur la carte, bailliage par bailliage, et les 48 cahiers généraux qui ne sont que dans une édition numérisée y sont situés à la page.
Les manuscrits, eux, sont des images : les services d'archives départementales qui ont numérisé leurs cahiers les montrent dans des visionneuses, sous des conditions qui vont de la Licence Ouverte (Côtes‑d'Armor, Calvados) à l'usage privé (Pas‑de‑Calais). Aucun d'eux ne fournit de transcription, sauf le Morbihan (237 PDF) et le Finistère (transcriptions du CRBC). Le reste demande une transcription automatique. Les moteurs génériques se trompent sur un caractère sur quatre ou cinq dans les mains de 1789 (taux d'erreur de 0,19 à 0,26, et de 8 à 12 % de mots inventés) ; nous en avons affiné un sur les transcriptions du Morbihan et du Finistère, puis passé sur tous les dépôts dont les conditions permettent la publication : 6 307 documents sont en texte, de vingt‑trois dépôts. Chaque dépôt a son chiffre, mesuré sur cinq pages tirées au sort et relues, ou contre son édition imprimée quand il en a une : de 0,07 à 0,18 d'erreur par caractère sur le texte courant, davantage sur les signatures et les encres effacées (Aisne). C'est assez pour compter, chercher et comparer, pas pour citer sans l'image. Là où le texte compte, nous l'avons fait relire par Claude Opus 5.5, un modèle de langue qui lit l'image : 5,7 % d'écart à un lecteur humain sur douze pages bretonnes, la moitié du meilleur modèle de reconnaissance d'écriture ; kraken ne sert plus qu'à situer les lignes sur l'image. C'est ce texte que l'on publie, pour la Haute‑Loire (48 documents, accord des archives pour les textes et les images) et la Loire‑Atlantique (207 documents, réutilisation non commerciale) : bouton « Lire le texte » de la carte ; pour la Haute‑Loire, chaque ligne en regard de sa place sur l'image du manuscrit ; pour la Loire‑Atlantique, le texte seul pour l'instant, l'image restant à voir sur le site des archives.
Ce qu'on a mesuré
- Les feux. Les procès‑verbaux bretons déclarent un nombre de feux ; comparé au recensement de 1793, « feu » y a été lu de deux façons — ménage, ou feu du fouage, quotité fiscale figée depuis le XVe siècle. Conséquence : 42 des 46 paroisses comptées en feux de fouage n'ont nommé que deux délégués, Guer (4 850 habitants) comme Plémet.
- Ce que l'assemblée garde. Le cahier général du tiers d'un bailliage contre les cahiers de ses paroisses, sur trente‑sept bailliages et 3 661 cahiers de paroisses (57 914 articles), plus les 49 corporations de Marseille : transcriptions du Morbihan (Ploërmel, Gourin), Archives parlementaires (Paris hors les murs), vingt‑quatre éditions départementales (Demay pour Auxerre et Mège pour Clermont‑Ferrand lus en images), de la Flandre au Quercy et de la Bretagne à la Lorraine, et cinq sénéchaussées du Finistère sur les manuscrits eux‑mêmes (transcriptions du CRBC, OCR). Deux mesures : une grille de 37 thèmes, et la ressemblance lexicale entre chaque article de paroisse et chaque article général (cosinus TF‑IDF ≥ 0,20). En moyenne, 14 % des articles de paroisses ont un répondant dans le cahier général, de 2 % (Sézanne) à 55 % (Gourin) ; et les assemblées ont fait leur cahier de dix manières — filtrer (Ploërmel écarte la milice, demandée par 75 % des paroisses ; Bourges la mendicité, 62 % ; Quimper huit thèmes ruraux), compiler (Gourin), synthétiser (Paris, Troyes, Châlons, Autun, le Léon : 32 %), condenser (Angoulême, Amont, Sézanne, Tours), développer (Orléans, Rennes, Sens, Boulonnais), adopter le cahier du chef‑lieu (Blois, Vézelise, Thionville, Brest), reprendre (Nîmes : 35 articles portés par dix communautés ou plus ; l'Artois, 28), relayer (Coutances, Cahors, la Flandre : synthèse à deux étages), réduire (Dieuze, Niort, Saint‑Maixent : 3 % ; Quimperlé), annexer (Marseille joint les cahiers de ses corporations au sien). Ce qui manque le plus souvent, alors qu'un cinquième des paroisses au moins le demande : les vingtièmes (absents de treize cahiers généraux sur trente‑cinq), la corvée des grands chemins (dix), la capitation (huit), l'égalité devant l'impôt (sept), la taille (six). Qui est entendu ? Paroisse par paroisse (3 231 localisées avec leur population de 1793 et leur distance au chef‑lieu), c'est la longueur du cahier qui décide : les cahiers de moins de cinq articles sont repris deux fois moins que la moyenne de leur bailliage, et 87 % d'entre eux ne le sont pas du tout ; la population ne joue qu'aux bouts (les paroisses de moins de 200 habitants un cinquième au‑dessous, les villes de plus de 5 000 presque deux fois au‑dessus, rien entre 200 et 2 000) ; la distance au chef‑lieu ne joue pas, sauf pour le chef‑lieu lui‑même. Et qui a recopié qui ? Un article de paroisse sur dix est copié d'une autre paroisse du même bailliage — un sur trois dans le Finistère, un sur quatre à Ploërmel, en Artois et en Boulonnais, presque aucun ailleurs —, et les familles de cahiers sont des voisinages, pas des rayons autour du chef‑lieu ; d'un bailliage à l'autre, 1 % seulement, sauf en Bretagne où les charges du tiers de la province ont couru d'un bout à l'autre, et les deux imprimés nationaux qu'on reconnaît (les Instructions du duc d'Orléans, la « Déclaration des volontés ») ne touchent que trente paroisses sur 3 573. Le détail de chaque bailliage mesuré est sur la carte.
- Les députés des paroisses. Le règlement du 24 janvier 1789 donne à chaque communauté deux députés jusqu'à 200 feux, trois au‑delà, quatre au‑delà de 300, et un de plus par centaine. Lu sur 428 procès‑verbaux manuscrits de huit départements, hors Bretagne, là où le feu déclaré est le ménage (4,4 à 5,8 habitants par feu selon le dépôt) : la règle est suivie 358 fois sur 384 jusqu'à 400 feux (93 %), mais 8 fois sur 25 au‑delà — les grosses communautés s'arrêtent à quatre ou cinq députés (Selles‑sur‑Cher, 858 feux, et Saint‑Maixent, un millier, en nomment quatre).
- L'édition contre l'original. Les Archives parlementaires conservent 86 % du texte du registre de Ploërmel ; ce qu'elles perdent, ce sont les titres marginaux, les signatures et trois numéros d'articles. Leur texte peut donc porter l'analyse de contenu pour les bailliages sans transcription.
- La grille de lecture. Nos 37 thèmes, lus sur les 3 731 cahiers de paroisses de la mesure, retrouvent la hiérarchie des grands sujets de la seule analyse de contenu systématique (Shapiro et Markoff, 1998) dans le même ordre (rho 0,99 sur les six grands codes) : le fiscal et l'administratif d'abord (34 % contre 43), puis l'économie, la justice, la religion. Bailliage par bailliage, les écarts sont des profils régionaux — le seigneurial à 20 % en Bretagne et 3 % en Languedoc, la religion à 20 % dans les pays de grosse dîme, l'économie à 25 % dans la Lorraine du sel —, et les demandes précises varient trop d'une région à l'autre pour qu'un échantillon national serve d'étalon : un seul rôle d'imposition est demandé par un cahier sur quatre en Bretagne, par 3 % des paroisses de leur échantillon ; le recul des douanes par deux communautés sur trois autour de Draguignan.
Ce qu'on ne publie pas, et pourquoi
Les images téléchargées ne sont pas sur ce site, ni les transcriptions faites par d'autres (Morbihan, Finistère, édition de 1989 en Loire‑Atlantique). Des textes lus par la machine, seuls ceux de la Haute‑Loire et de la Loire‑Atlantique le sont pour l'instant : la Haute‑Loire avec les images réduites de ses pages, sous l'accord de ses archives (le portail ne permet pas de montrer ses images ailleurs) ; la Loire‑Atlantique en texte seul, pour un usage non commercial, sans altération du sens, la source et la date de la copie citées (images copiées les 8 et 9 octobre 2026) — ses images attendent un hébergement durable, la place de ce site étant comptée. Chaque portail a ses conditions : Licence Ouverte pour les Côtes‑d'Armor, le Calvados ou l'Ain ; réutilisation accordée par écrit pour la Somme, la Haute‑Loire et le Cantal ; non commerciale pour la Loire‑Atlantique ; usage privé pour le Pas‑de‑Calais ; deux licences contradictoires pour l'Eure. Les textes des Archives parlementaires découpés par Persée ne sont pas moissonnés avant accord. Dix‑huit demandes sont parties vers les services d'archives et les détenteurs de données ; la carte n'a besoin d'aucune réponse pour exister, puisqu'elle ne fait que renvoyer aux portails. Chaque document y est cité sous la forme que son service demande, avec le lien vers sa notice quand le portail en donne une.
Sources du fond, méthode, code
Le fond est l'Atlas des bailliages ou juridictions assimilées ayant formé unité électorale en 1789 d'Armand Brette (1904), vectorisé par Gay, Gobbi et Goñi (« Bailliages in 1789 France », Harvard Dataverse, 2024, CC BY 4.0) : 435 polygones et 42 771 villages de la carte de Cassini rattachés à leur bailliage. Les paroisses sont placées parmi ces villages, et leur population vient de Des chefs‑lieux de Cassini aux communes de France (EHESS, 2021, CC BY 3.0 FR) : recensements de l'an III, de l'an VIII et de 1806, pris village par village, sans autre hypothèse. La somme par bailliage donne 28 107 478 habitants pour le royaume.
Autour, pour se repérer : les généralités, obtenues en réunissant les bailliages de Brette par généralité (contours approchés) ; les villes d'intendance et de cour souveraine, placées sur leur village de Cassini ; les fleuves au tracé actuel, d'après la BD TOPO de l'IGN en France (Licence Ouverte 2.0) et Natural Earth à l'étranger (domaine public) — vérifiés aux sources là où de grands travaux les ont déplacés : l'embouchure du Grand Rhône, ouverte au sud après 1892, est redessinée d'après la carte de Cassini (exemplaire du roi, Archives nationales, Licence Ouverte) ; le Rhin suit le Vieux Rhin, dans ce qui était en 1789 un lit de bras et d'îles large de 1 à 3 km, rectifié de 1840 à 1876 ; ailleurs l'écart reste sous 2,5 km (estuaire de la Seine endigué, confluence de Lyon reportée au sud par les travaux Perrache, Somme maritime canalisée, Rhône à Miribel) ; les lacs, les terres hors du royaume et les traits de côte d'après Natural Earth ; les noms des voisins de 1789, saisis par nous ; la France d'aujourd'hui (départements, d'après france‑geojson, IGN/OSM), que le bouton « France d'aujourd'hui » masque. Les routes sont celles de la poste aux chevaux de 1783 (N. Verdier, T. Giraud, C. Mimeur, A. Bretagnolle, Zenodo, 2024, doi:10.5281/zenodo.11196161, licence ODbL 1.0), tracées par nous sur les routes de la carte de Cassini vectorisées par J. Perret, M. Gribaudi et M. Barthelemy (« Roads and cities of 18th century France », Scientific Data, 2015, doi:10.7910/DVN/28674, CC0) ; une liaison que Cassini ne permet pas de suivre reste droite, en tirets. Les « grandes routes » (trait plus fort) sont une reconstruction : les liaisons du chemin le plus rapide de Paris à chaque ville d'intendance ou de parlement. La couche ainsi dérivée (ref/routes_poste_1783.geojson) est diffusée sous la même licence ODbL 1.0. De près, toutes les routes de Cassini en trait fin.
Tout le reste est un dépôt de travail : le dossier d'état des lieux (chaque affirmation porte une clé de source), le catalogue unifié, les scripts de collecte et d'analyse, le journal daté. La page que vous lisez est un fichier statique sans script tiers ; les polices sont servies d'ici. Aucun cookie, aucune mesure d'audience.